Thomas Piketty: anatomie d’un succès

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actu - PikettyVivement débattu en France, porté aux nues par les Américains, le livre de Thomas Piketty est une anomalie dans l’histoire de la littérature économique.

Thomas Piketty : le nom de cet économiste français, politiquement ancré à gauche, spécialisé dans l’étude des inégalités, est aujourd’hui connu même de ceux qui ne s’intéressent pourtant que de très loin à ces problématiques.

C’est la publication de l’ouvrage Le Capital au XXIe siècle qui a propulsé le chercheur en économie politique au rang de star. Paru en septembre 2013 en France et six mois plus tard aux États-Unis, ce pavé de près de 1 000 pages s’est vendu à plus d’1,5 million d’exemplaires dans le monde. Un record stupéfiant pour un livre d’économie.

L’accroissement des inégalités, thèse majeure de l’ouvrage

L’effet de mode est certain : il est de bon ton de posséder un exemplaire du Capital au XXIe siècle dans sa bibliothèque ou d’évoquer la « pikettymania » au cours d’un dîner mondain. Mais les thèses présentées par l’économiste méritent qu’on s’y attarde.

Thomas Piketty montre que les inégalités de richesse et de revenu ont augmenté de manière substantielle au cours des deux derniers siècles. En l’espace d’une génération, les 1 % des ménages les plus riches auraient accaparé la moitié de la hausse des revenus aux États-Unis. Bien qu’atténué, le phénomène est le même au Royaume-Uni, avec un quart des revenus confisqués, ainsi qu’en France, en Italie et en Espagne où cette part s’élève à un dixième.

Selon l’économiste, l’augmentation des inégalités s’expliquerait par une loi mathématique : l’augmentation du rendement du capital serait toujours supérieure au taux de croissance du revenu. Mais son hypothèse la plus forte et la plus controversée est la suivante : les inégalités vont continuer d’augmenter. Une position d’autant plus radicale qu’elle contredit celle soutenue par Marx, l’auteur du Capital (au XIXe siècle), qui prédisait une tendance à la baisse.

Un ouvrage en phase avec les préoccupations outre-Atlantique

Contre toute attente, c’est sur le sol américain que le succès du livre a été le plus unanime. Le travail de Thomas Piketty a été porté aux nues par Joseph Stiglitz et Paul Krugman, prix Nobel d’économie et partisans du keynésianisme. Un adoubement qui a fortement contribué à la réputation du Français, reçu à la Maison- Blanche par des conseillers économiques de Barack Obama.

Mais d’après le chercheur lui-même, son succès commercial outre-Atlantique tiendrait surtout à la tradition égalitaire ancrée aux États-Unis. Dans un entretien avec le journal Le Monde, il a rappelé que « ce sont les États-Unis qui, il y a un siècle, ont inventé un système de fiscalité progressif sur les revenus justement parce qu’ils avaient peur de devenir aussi inégalitaires que l’Europe ».

À l’heure où le pays connaît une hausse très forte des inégalités, les thèses de l’ouvrage entrent plus que jamais en résonance avec les préoccupations de la société américaine.

Les nombreuses critiques françaises

C’est finalement en Europe, où l’accroissement des inégalités est moins criant, que la réception du livre a été la plus mitigée. En France, l’ouvrage a été critiqué par les universitaires et les politiques de droite comme de gauche.

Certains reprochent à Thomas Piketty d’avoir oublié dans sa réflexion l’innovation comme facteur de création de richesses. D’autres l’accusent de s’être focalisé sur la frange des plus riches, ou d’avoir eu recours à une méthode de calcul erronée pour évaluer la rentabilité du capital. Ces failles supposées dans la démarche d’analyse poussent ses opposants à remettre en cause les conclusions de l’ouvrage. Notamment le plaidoyer en faveur d’une redistribution des richesses.

La réception française de l’ouvrage semble illustrer le célèbre adage selon lequel « nul n’est prophète en son pays ». Surtout, la fièvre déclenchée par les thèses de l’économiste met en lumière la place à part occupée par les chercheurs au sein du débat public français. Loin de l’image du savant reclus dans sa tour d’ivoire, Thomas Piketty n’hésite pas à intervenir dans le débat politique. Il ravive la figure historique de l’intellectuel engagé dans sa conception typiquement française.

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Un article rédigé par Animal pensant pour francealumni.fr.

Photo : © Universitat Pompeu Fabra

 


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